Loup et les hommes (Emmanuelle Pirotte)

Un voyage aux confins des terres iroquoises, une quête de soi et de l'Homme.

Hiver 1663. Armand, marquis de Canilhac, est prêt à tout pour retrouver le saphir entrevu au cou de cette jeune Amérindienne, croisée dans un salon parisien. Il a reconnu la pierre que portait son frère Loup. Loup, trahi par Armand vingt ans plus tôt, condamné aux galères, et que tout le monde croit mort.
Hanté par son passé, le marquis embarque avec son fidèle Valère pour la Nouvelle-France. Le vent gonfle les voiles, et les images du Gévaudan natal ressurgissent : Loup, enfant trouvé, adopté... Loup, trop beau, trop brave, trop vivant.
Entre la France et l'Iroquoisie barbare se tisse le destin d'un homme hors du commun, dont le portrait se précise lentement, et dont l'ombre plane, de plus en plus palpable, sur ceux qui le cherchent.
Et si Loup avait trouvé un destin à sa mesure au pays des Sauvages ?

 

C'est un livre qui ne peut pas laisser indemne. Certes, on y trouve tous les ingrédients d'un bon roman d'aventure, mais ce n'est pas cela le plus important.

Pour commencer, il faut garder à l'esprit que l'histoire se déroule trois siècles et demi avant notre époque, et que les valeurs du XVIIe siècle n'étaient pas les nôtres. Il était par exemple courant qu'on laisse mourir des bébés non désirés, ou qu'on ne pouvait tout simplement pas nourrir. Les différences de classe étaient énormes, et un seigneur tel que Loup ou Armand avait tous les droits sur sa maisonnée.

Donc inutile de juger certains actes à l'aune de la morale actuelle. Il faut au contraire accepter de se laisser emporter par l'époque, que ce soit en France ou dans le Nouveau Monde. Si l'auteur a sans conteste un certain penchant en faveur des Indiens, elle n'édulcore pas non plus de quoi ils étaient capables, et ce n'est pas plus à leur avantage que les actes des colons.

On se retrouve donc plongé dans un monde âpre et dur, qui ne ménage pas ceux qui y vivent. Entre Loup et Armand se sont tissées depuis toujours des relations complexes, faites d'amour et de haine, jusqu'à ce jour fatidique où Armand dénonce l'imposture qui entoure la présence de Loup à Canilhac et le fait condamner aux galères.

Autrement dit, à une mort aussi lente qu'inéluctable et douloureuse.

Seulement, Loup n'est pas n'importe qui. Il a la rage de vivre chevillée au corps. Capable du meilleur comme du pire, il survivra, et refera sa vie de l'autre côté de la Terre, trouvant une forme d'équilibre jusqu'à ce qu'Armand, ce petit frère maladroit qu'il a toujours protégé, traverse l'océan pour le retrouver et expier sa faute, soit en obtenant son pardon, soit en mourant de sa main. Armand qui se révélera à lui-même durant ce voyage, d'une manière qu'il n'aurait jamais imaginée.

Mais les deux frères ne sont pas les seuls à marquer le lecteur : il y a bien sûr Brune, la fille de Loup, élevée comme un homme, et qui a pour habitude d'obtenir tout ce qu'elle veut. Antoinette, envoyée aux Amériques par le roi pour y épouser (pas forcément de gré...) un colon et lui faire des enfants afin de "peupler le pays". Et celui qui, au final, a été mon préféré : Valère, qui découvrira que chez les Indiens, il peut vivre en paix son amour des hommes, car l'homosexualité y est acceptée.

A noter enfin le travail de recherche effectué pour cette histoire, et qui permet de s'immerger encore plus dans l'époque.

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