Consigne des Impromptus Littéraires : « Impromptus Littéraires ». Il s’agira soit de définir chacun de ces termes, soit de le faire globalement. Soyez « impromptus » ou « littéraires » ou les deux à la fois !

 

 Le Chafé du Coin des temps

— Descends. On est arrivé.

Elwyn jeta un regard chargé d’incompréhension au lieutenant de la meute.

— Arrivés où ?

— À destination.

Le petit sourire en coin qu’arborait Aymeric perdit complètement le poète.

— Descends, et tu comprendras.

Résigné, Elwyn s’exécuta. Devant lui se dressait la devanture d’un local pour le moins étrange. Sur la façade en bois, un nom était peint en lettres dorées, Le Chafé du Coin des Temps.

— Suis-moi.

Intrigué, Elwyn obéit. À sa grande surprise, Aymeric sortit une clé de sa poche pour ouvrir la porte, avant de s’effacer tout en lui faisant signe d’entrer. Abasourdi, le loup-garou découvrit un lieu qui tenait à la fois d’un café et d’une bibliothèque, dans lequel on aurait mis des arbres à chats dans tous les coins, ainsi que des litières, et des gamelles pour l’eau et les croquettes. On y trouvait aussi des tables, des chaises, des fauteuils confortables, des livres – Elwyn ne manqua d’ailleurs pas de noter que ceux d’Azilis occupaient la place d’honneur –, le tout dans une ambiance chaleureuse, grâce aux boiseries garnies de cordages, imitant celles d’un bateau de la grande époque de la marine à voile, et aux lumières tamisées.

— Tu m’expliques ? finit par articuler Elwyn tout en faisant courir sa main sur le comptoir impeccablement ciré du bar.

— C’est un chafé littéraire.

— Un quoi ?

— Un chafé littéraire. En gros, le mélange entre un café, une bibliothèque, un endroit où les passionnés de livres pourront lire et discuter de leurs lectures, et un refuge pour recueillir les chats abandonnés ou ceux qui voudraient abandonner la vie de la rue. Et il est à toi.

— À… à moi ?

Aymeric saisit la main d’Elwyn pour y faire tomber la clé.

— L’acte de propriété est dans ton bureau.

— Mon bureau ?

— J’aurais peut-être dû acheter aussi un perroquet.

— Parce que c’est toi qui… ?

— Si ça peut m’éviter de t’entendre déclamer tes poèmes, je suis prêt à t’acheter une ville entière. Ah, si tu regardes bien, il y a un tonneau derrière le bar.

— Ah oui, le tonneau… fit Elwyn avec une grimace.

Il ne se souvenait que trop bien de ce jour, où, jeune loup-garou, il avait failli trahir le secret des siens, et où Aymeric lui avait plongé la tête dans un tonneau rempli d’eau de pluie pour le punir, l’y maintenant assez longtemps pour qu’il pense sa dernière heure arrivée.

— J’avoue que je l’avais mérité, reconnut-il avec un sourire en coin.

— Je sais.

Les loups-garous échangèrent un regard complice. Son exubérance naturelle poussait Elwyn à remercier avec effusions son ami d’avoir réalisé son rêve de toujours – en mieux, puisqu’il y avait même inclus des chats –, seulement, il ne savait que trop bien à quel point Aymeric détestait les grands épanchements, aussi se contenta-t-il d’un « Tu me fais visiter ? », qui, il le savait, valait tous les remerciements du monde aux yeux du lieutenant de la meute.

Le Chafé du Coin des Temps